Page 625 - Les Mile et une nuits - conte orientale libre de droit, par DZWEBDATA.COM
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au jeune homme d’une tablette
excellente pour la bonne bou-
che, et il la prit encore de la main
gauche. « Seigneur, lui dis-je
alors, je vous supplie de me pardonner
la liberté que je prends
de vous demander d’où vient que vous ne
vous servez pas de
votre main droite. Vous y avez mal,
apparemment ? » Il fit un
grand soupir au lieu de me répondre,
et, tirant son bras droit,
qu’il avait tenu caché jusqu’alors sous
sa robe, il me montra
qu’il avait la main coupée, de quoi je
fus extrêmement étonné.
« Vous avez été choqué sans doute, me
dit-il, de me voir manger
de la main gauche ; mais jugez si j’ai
pu faire autrement. -
Peut-on vous demander, repris-je, par
quel malheur vous avez
perdu votre main droite ? » Il versa
des larmes à cette demande,
et après les avoir essuyées, il me
conta son histoire comme je
vais vous la raconter :
« Vous saurez, me dit-il, que je suis
natif de Bagdad, fils
d’un père riche, et des plus distingués
de la ville par sa qualité et

