Page 774 - Les Mile et une nuits - conte orientale libre de droit, par DZWEBDATA.COM
P. 774

porte de la rue. Pendant qu’il me
              portait, le coffre vint à s’ouvrir
              par malheur, et alors ne pouvant
              souffrir la honte d’être exposé
              aux regards et aux huées de la populace
              qui nous suivait, je me
              lançai dans la rue avec tant de
              précipitation, que je me blessai à
              la jambe de manière que je suis demeuré
              boiteux depuis ce
              temps-là. Je ne sentis pas d’abord tout
              mon mal, et ne laissai
              pas de me relever pour me dérober à la
              risée du peuple par une
              prompte fuite. Je lui jetai même des
              poignées d’or et d’argent
              dont ma bourse était pleine ; et tandis
              qu’il s’occupait à les ra-
              masser, je m’échappai en enfilant des
              rues détournées. Mais le
              maudit barbier, profitant de la ruse
              dont je m’étais servi pour
              me débarrasser de la foule, me suivit
              sans me perdre de vue, en
              me criant de toute sa force : « Arrêtez
              ! Seigneur ; pourquoi cou-
              rez-vous si vite ? Si vous saviez
              combien j’ai été affligé du mau-
              vais traitement que le cadi vous a
              fait, à vous qui êtes si géné-
              reux, et à qui nous avons tant
              d’obligation, mes amis et moi ! Ne
   769   770   771   772   773   774   775   776   777   778   779