Page 786 - Les Mile et une nuits - conte orientale libre de droit, par DZWEBDATA.COM
P. 786
HISTOIRE DU PREMIER FRÈRE DU BARBIER.
« Sire, lui dis-je, mon frère aîné, qui
s’appelait Bacbouc le
bossu, était tailleur de profession. Au
sortir de son apprentis-
sage, il loua une boutique vis-à-vis
d’un moulin ; et comme il
n’avait point encore fait de pratiques,
il avait bien de la peine à
vivre de son travail : le meunier, au
contraire, était fort à son
aise et possédait une très-belle femme.
Un jour, mon frère, en
travaillant dans sa boutique, leva la
tête et aperçut à une fenêtre
du moulin la meunière qui regardait
dans la rue. Il la trouva si
belle qu’il en fut enchanté. Pour la
meunière, elle ne fit nulle
attention à lui ; elle ferma sa fenêtre
et ne parut plus de tout le
jour. Cependant le pauvre tailleur ne
fit autre chose que lever la
tête et lever les yeux vers le moulin
en travaillant. Il se piqua les
doigts plus d’une fois, et son travail
de ce jour-là ne fut pas trop
régulier. Sur le soir, lorsqu’il fallut
fermer sa boutique, il eut de
la peine à s’y résoudre, parce qu’il
espérait toujours que la meu-
nière se ferait voir encore ; mais
enfin il fut obligé de la fermer

