Page 662 - Les Mile et une nuits - conte orientale libre de droit, par DZWEBDATA.COM
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manger du ragoût à l’ail, commanda à
ses gens de tenir prêts un
bassin et de l’eau avec de l’alcali, de
la cendre de la même plante
et du savon, afin que le marchand se
lavât autant de fois qu’il lui
plairait. Après avoir donné cet ordre,
il s’adressa au marchand :
« Faites donc comme nous, lui dit-il,
et mangez ; l’alcali, la cen-
dre de la même plante et le savon ne
vous manqueront pas. »
« Le marchand, comme en colère de la
violence qu’on lui
faisait, avança la main, prit un
morceau qu’il porta en tremblant
à sa bouche, et le mangea avec une
répugnance dont nous fûmes
tous fort étonnés. Mais ce qui nous
surprit davantage, nous re-
marquâmes qu’il n’avait que quatre
doigts et point de pouce, et
personne jusque-là ne s’en était
aperçu, quoiqu’il eût déjà man-
gé d’autres mets. Le maître de la
maison prit aussitôt la parole :
« Vous n’avez point de pouce, lui dit-
il ; par quel accident l’avez-
vous perdu ? Il faut que ce soit à
quelque occasion dont vous
ferez plaisir à la compagnie de
l’entretenir. - Seigneur, répon-

