Page 663 - Les Mile et une nuits - conte orientale libre de droit, par DZWEBDATA.COM
P. 663
dit-il, ce n’est pas seulement à la
main droite que je n’ai point de
pouce, je n’en ai pas aussi à la
gauche. » En même temps, il
avança la main gauche et nous fit voir
que ce qu’il nous disait
était véritable. « Ce n’est pas tout
encore, ajouta-t-il, le pouce
me manque de même à l’un et à l’autre
pied, et vous pouvez
m’en croire. Je suis estropié de cette
manière par une aventure
inouïe, que je ne refuse pas de vous
raconter, si vous voulez bien
avoir la patience de l’entendre. Elle
ne vous causera pas moins
d’étonnement qu’elle vous fera de
pitié. Mais permettez-moi de
me laver les mains auparavant. » À ces
mots il se leva de table,
et après s’être lavé les mains six-
vingts fois, revint prendre sa
place, et nous fit le récit de son
histoire dans ces termes :
« Vous saurez, mes seigneurs, que sous
le règne du calife
Haroun Alraschid, mon père vivait à
Bagdad, où je suis né, et
passait pour un des plus riches
marchands de la ville. Mais
comme c’était un homme attaché à ses
plaisirs, qui aimait la

